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Rappel historique : les juifs de France au début du XIXème siècle

 Quand en 1802, Théodore Ratisbonne naît en Alsace, la communauté juive vient d'y être "émancipée" par la Révolution française: elle a désormais droit de cité à part entière. Et ce grand changement historique entraîne un profond bouleversement des mentalités.

 Alors que, depuis des siècles, les juifs d'Alsace vivaient dans la civilisation du ghetto, ils vont maintenant entrer en contact avec le monde extérieur.

 Pour les uns, émancipation voudra dire: perte de leurs racines juives et assimilation à la société environnante, "pour le meilleur et pour le pire..." Pour d'autres, la rencontre avec les chrétiens les mènera à la conversion. Ainsi Théodore Ratisbonne, comme plus tard son frère Alphonse, découvriront la foi chrétienne, mais par des voies bien différentes: le premier à la lumière de la Parole, à travers l'enseignement d'un prêtre philosophe de Strasbourg, Louis Bautain, l'autre dans une illumination soudaine à l'église Saint André delle Fratte, lors d'un séjour à Rome. Dans un livret écrit en 1868 sur la "question juive", Théodore Ratisbonne explique comment il perçoit le désarroi de ses anciens corrélationnels auxquels il reste profondément attaché. Pour lui, ils sont dans une phase de transition entre le judaïsme dont "ils ne veulent plus" et le christianisme dont "ils ne veulent pas encore". Toute la vie de Théodore est donc consacrée à les aider - eux-mêmes ou leurs enfants qui seront accueillis à leur demande dans les pensionnats de Notre-Dame de Sion - à mener une réflexion qui les oriente vers la foi chrétienne.

La Congrégation Notre-Dame de Sion

 La Congrégation Notre-Dame de Sion est née au milieu du XIXème siècle. Son fondateur, Théodore Ratisbonne, appartient à une famille juive strasbourgeoise d'origine allemande, en voie d'assimilation. Mais à 20 ans, il découvre Jésus-Christ : d'une part à travers l'enseignement de Louis Bautain, prêtre de Strasbourg, dont la philosophie est inspirée par une vision biblique du monde et de l'histoire, d'autre part auprès de Madeleine-Louise Humann dont la vie de foi s'enracine dans l'Écriture. Cette femme de grande culture réunissait en un "Cénacle" de jeunes intellectuels de première valeur. Peu à peu, Théodore perçoit, en Jésus, la continuité des deux testaments et pressent que Dieu est amour.

 Début de la Congrégation

 Après le 20 janvier 1842, date à laquelle son plus jeune frère Alphonse reçoit par Marie la lumière de la foi chrétienne, Théodore décide d'entreprendre une oeuvre qui consistera d'abord en l'éducation chrétienne de quelques jeunes filles juives qui lui sont confiées par leurs parents. Ce sera le début de la Congrégation approuvée par Rome en 1863. Pendant un siècle, les soeurs de Notre-Dame de Sion poursuivront cette oeuvre d'éducation et d'enseignement dans des pensionnats implantés dans le monde entier, sauf en Extrême-Orient. Ces maisons d'éducation seront caractérisées par l'accueil d'enfants de toutes confessions, favorisant ainsi l'ouverture à l'autre par la connaissance et le respect. Le CHARISME (le mot signifie un don particulier reçu de Dieu) de Théodore Ratisbonne consiste en la découverte de la fidélité de l'amour de Dieu pour son peuple. Ce charisme est un don continuel de l'Esprit pour l'Église. C'est pourquoi, au fil du temps (en 1874, 1956 et 1984), Rome a approuvé les modifications apportées aux Constitutions de la Congrégation en raison de son évolution.

 Les Constitutions révisées de 1984 définissent ainsi ce charisme: "témoigner dans l'Église et dans le monde de la fidélité de Dieu à son amour pour le peuple juif et hâter l'accomplissement des promesses concernant juifs et gentils." (dans le langage de l'apôtre Paul, les gentils désignent les non-juifs).

 Le tournant du Concile

 A la lumière du mouvement oecuménique et des événements de notre temps (Nostra Aetate), en particulier de la Shoah, l'Église, réfléchissant, au Concile Vatican II (1962-1965), sur son origine et sur sa mission, redécouvre ses racines dans la révélation de Dieu à Israël: 

"En scrutant le mystère de l'Église, le Concile se souvient du lien qui unit spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la descendance d'Abraham.

En effet, l'Église du Concile reconnaît que les origines de sa foi et de son élection se trouvent, selon le dessein du salut de Dieu, chez les patriarches, Moïse et les Prophètes. Elle affirme que tous les fidèles du Christ, fils d'Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce Patriarche et que le salut de l'Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude...

Puisque le patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux juifs est si grand, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront surtout d'études bibliques et théologiques ainsi que de dialogues fraternels." (Extrait de la Déclaration Nostra Aetate § 4).

 Au coeur de ce mouvement d'Église, la Congrégation progresse dans la compréhension et la constante ré-orientation de son charisme.

 En 1964, le cardinal Béa disait au Conseil général: "Aujourd'hui, votre vocation spéciale est plus pressante que jamais".

 Et en 1965: "Maintenant, votre tâche vous est proposée par l'Église elle-même" (en raison de la Déclaration Nostra Aetate).

 Aujourd'hui:

La vocation de Sion conduit à prendre davantage conscience de ce que les racines de l'Église sont juives et à mieux comprendre le judaïsme en lui-même.

Elle incite à faire grandir dans l'Église cette prise de conscience et à promouvoir une attitude de justice à l'égard de la communauté juive.

Elle comporte aussi la responsabilité particulière de faire souvenir les chrétiens qu'ils sont mystérieusement liés au peuple juif, depuis les origines jusqu'à la plénitude finale. 

Parce que cette vocation prend sa source dans la Révélation, elle est caractérisée par la place centrale donnée à la Parole de Dieu.

Interprétée avec et dans l'Église à la lumière du Christ, la Parole l'est également par la manière dont les juifs la lisent dans leur vie et dans leur tradition.

 Depuis quelques temps, des laïcs se reconnaissent porteurs du même CHARISME et s'entraident à le vivre, surtout dans la prière, en lien avec la Congrégation.

 

La question de la Terre

 Dans l'Alliance conclue avec Abraham, le choix de Dieu est accompagné du don de la Terre: A ta postérité je donnerai ce pays (Gn 12,7). Renouvelée à tous les patriarches, cette promesse, assortie, comme toutes les promesses de Dieu, d'une condition: Si vous gardez mon Alliance..., demeure indissociable de l'élection. Le judaïsme la "garde" précieusement comme signe de l'Alliance. De ce fait, la question de la terre associe nécessairement, et aujourd'hui plus douloureusement que jamais, "politique" et religion.

 Être fidèle au lien qui nous unit au peuple juif, c'est donc aussi prendre en compte les aléas de l'histoire où la dimension religieuse de ce peuple implique des données historiques, sociales, économiques et politiques.

Mais la complexité, du fait des vicissitudes de l'histoire, de la relation entre le "politique" et le religieux, ne doit pas conduire à confondre la vocation du peuple juif avec l'État d'Israël actuel, même si la médiation historique d'un état peut sembler nécessaire dans le contexte d'aujourd'hui. Cette complexité ne doit pas davantage faire obligatoirement approuver les orientations et les choix politiques dudit État.

 

Permanence de l'élection

 La permanence de l'élection doit être maintenue envers et contre tout : les dons de Dieu sont sans repentance (Rm 11,29).

Elle est le fait de Dieu et en aucune manière dépendante du comportement du peuple.

Elle n'implique absolument pas que tous les agissements des juifs soient pour autant toujours et nécessairement justifiés, comme le montre déjà la Bible.

 La vocation de la Congrégation Notre-Dame de Sion assume ce mystère. Dans leur travail et leur prière, comme dans toute leur vie, les soeurs de Sion ont au coeur ce "tourment" que, particulièrement sur cette terre sainte, mais aussi dans l'humanité entière, le projet de Dieu se réalise, c'est-à-dire que justice et paix s'embrassent (Ps 85,10).

 Telle est la difficile et exaltante vocation que le SIDIC, pour sa part, cherche à mettre en oeuvre.

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas (Isaïe 60,1)

 

         Le Concile Vatican II

 Vatican II marqua, avec la Déclaration Nostra Aetate dont le quatrième paragraphe est consacré à la relation de l'Église et du Peuple juif, un tournant décisif pour l'Église et pour la Congrégation Notre-Dame de Sion. Confortées dans leur vocation originelle, les religieuses commencèrent un long et patient travail de formation d'elles-mêmes et des chrétiens afin de faire passer dans l'Église les directives de Nostra Aetate.

 

L'après-Concile à Rome

 L'immense effort déployé au Concile pour obtenir (le 28 octobre 1965) un texte susceptible de changer peu à peu le regard de l'Église sur le peuple juif, devait sans délai être soutenu et pris en charge par un organisme animé de l'inspiration conciliaire. L'idée d'un "service" qui habitait quelques Pères du Concile (Mgr Holland, Mgr Elchinger) et quelques "experts" (Bruno Hussar OP., Cornelius Rijk, bibliste hollandais choisi comme Secrétaire de l'office tout nouvellement créé pour les relations avec le judaïsme au coeur du Secrétariat pour l'Unité) fut lancée au cours de deux réunions, les 13 et 15 novembre.

 Pères et experts demandent aux soeurs de créer un organisme pour poursuivre les objectifs suivants:

 * être tenus au courant de l'évolution des relations entre juifs et chrétiens après le Concile;

* mesurer les réactions suscitées par la Déclaration conciliaire;

* aider à en faire passer la contenu dans la pensée et la vie des chrétiens.

 Le Conseil général de la Congrégation accepte cette responsabilité, convaincu que ce service d'Église répond providentiellement à la vocation des Religieuses de Notre-Dame de Sion.

 

La création du S.I.D.I.C. (Service International Documentation Juifs Chrétiens) à Rome est décidée

 Dès 1966, le travail commence dans les locaux de la Maison généralice: bibliothèque, rédaction d'un Bulletin.

Furent choisis pour constituer le comité de direction: l'évêque d'Utrecht, le P. Eckert op. de Cologne, et le P. C. Rijk. Le cardinal Béa qui avait été la cheville ouvrière de la Déclaration conciliaire en fut l'inspirateur.

 En fait il s'agissait: 

* de recueillir, à l'échelon international, toutes les informations de l'actualité concernant les relations entre juifs et chrétiens quant aux événements, à la pensée, aux institutions;

* d'établir à Rome un fichier de cette information;

* d'en faire passer l'essentiel dans des dossiers et dans une revue qui ferait le lien entre ceux qui travaillent à des relations plus fraternelles entre les hommes et les institutions.

 En mai 1970, le SIDIC est transféré via del Plebiscito, en plein centre, proche des universités romaines. Il y siégera jusqu’en octobre 2001.

 Lors de l'inauguration, le cardinal Willebrands, président du Secrétariat pour l'Unité, souhaitait qu'en ce nouveau local; "SIDIC" puisse développer une activité féconde et efficace qui forme peu à peu des hommes et des femmes attentifs à un dialogue essentiel pour la vie de l'Église, car il touche à sa racine même.

 En 2001, pour des raisons liées au manque de personnel et de finances, SIDIC Rome dissout l'Association qui le gérait. Mais la Congrégation s'engagea en même temps à poursuivre, par elle-même ou par d'autres, les buts de cette Association. C'est ainsi que bibliothèque et service de documentation sont transférés à l'Université grégorienne qui ouvre un « Centre Cardinal Béa » pour les Études juives.

 L'après-Concile à Paris

Dès après le Concile, un intérêt tout à fait neuf se manifeste auquel il faut faire face.

Il s'agit de faire connaître "les racines juives du christianisme" à des séminaristes, des prêtres, des religieuses, des laïcs de tous horizons...; des revues demandent interviews et articles.

 Il faut également rencontrer les "responsables" de la Communauté juive pour leur expliquer l'optique de "réconciliation" de ce travail.

 De bons contacts s'établissent rapidement avec le Consistoire, le Grand Rabbin de France, Jacob Kaplan, et d'autres personnalités. Un travail dans la confiance et la collaboration pouvait alors commencer.

En 1967, cette période faste s'assombrit: on put croire l'État d'Israël menacé de disparaître. Une campagne de dénigrement tout à fait contraire à l'esprit de Nostra Aetate sembla si grave que plusieurs évêques s'en émurent.

Mgr Elchinger pense alors à la création, à l'intérieur de la conférence épiscopale, d'une "commission" pour les affaires juives. Une première réunion a lieu chez les soeurs de Sion, le 9 janvier 1968.

L'équipe du "Centre pour Israël" (NDS, situé au 61 rue Notre-Dame-des-Champs) développe ses activités au point qu'il s'avère nécessaire d'envisager un nouvel habitat et un nouveau statut.

 En octobre 1968, cinq religieuses s'installent au 73 rue Notre-Dame-des-Champs. Simultanément, sont étudiées les modalités d'une collaboration avec le SIDIC de Rome. La même année, le P. C. Rijk, directeur, accepte que le "Centre pour Israël" de Paris prenne également le nom de SIDIC (Service d'Information et de Documentation sur le Judaïsme pour les Chrétiens). Ce dernier point fut ratifié le 1er avril 1969.

 Dans le même temps se constitue le "Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme".

Trois évêques le prennent en charge: Mgr Elchinger (Strasbourg), Mgr Etchegaray (Marseille) et Mgr Delarue (Nanterre); le P. Bernard Dupuy en est le premier secrétaire, les PP. Dabosville, Hruby et les soeurs Bénédicte et Louise-Marie (NDS) y sont invités à titre d'experts.

 En 1972, le Comité épiscopal met en chantier un document d'orientations pastorales. Le SIDIC participe à son élaboration.

Ainsi était donné le coup d'envoi de SIDIC-Paris.

Une bibliothèque spécialisée fut constituée, ainsi qu'une documentation sur l'évolution des rapports entre le Peuple juif et l'Église à travers le monde.

 Enfin, en 1977, le SIDIC est en mesure d'offrir à un public chrétien un premier cycle de formation: Bible, hébreu, histoire, judaïsme, réflexion sur l'actualité. Depuis lors, les cours se sont diversifiés, tout autant que les enseignants et le public. En 2006  les cours sont suivis par 236 personnes.  

Rien de tout ceci n'eût été possible sans la Congrégation des Religieuses de N.D. de Sion. Toute l'inspiration du travail de SIDIC-Paris trouve sa sève dans la vocation de la Congrégation. Cette dernière a toujours mis à la disposition du Sidic les ressources nécessaires en personnes et en finances pour assurer son fonctionnement et son développement.

 Grâce à l'intérêt développé chez un certain nombre de chrétiens depuis le Concile Vatican II, le SIDIC est devenu, en 1999, une Association loi 1901. 

Il est actuellement dirigé par une équipe de laïcs en collaboration avec des soeurs de Notre-Dame de de Sion.

Cette nouvelle structure devrait assurer longue vie au SIDIC au service de l'Église, en lien avec la communauté juive.
 

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